Valeur ajoutée de la sémiologie pour l’Innovation et l’Anticipation
Innover, inventer, proposer une novation est toujours difficile car cette action suppose des réactions en chaîne très différentes, tant sur le plan technologique, économique que socioculturel. Remettre en cause les habitudes dans le comportement, remettre en cause une filière économique ou remettre en cause un procédé technologique n’est pas sans conséquence sur les trois axes précédemment cités. Cela implique des changements, des mutations, des évolutions… Cela implique aussi une éthique dans un environnement où « mondialisation » et « personnalisation » se côtoient.
D’autant qu’aujourd’hui, des études démontrent que, dans la plupart des entreprises, c’est l’organisation même de l’innovation qui rend difficile la mesure de la création de valeur qu’elle génère.
Que l’organisation de l’innovation du produit ou du service soit sur le modèle « technologique » (forme la plus répandue), « marketing » ou « opportuniste », la variation des marges dégagées est proche de zéro. En effet, la marge obtenue sur un produit nouveau varie dans une fourchette -10 et +10% par rapport à la marge réalisée sur le produit ou le service remplacé. Bien sûr, selon la stratégie de l’entreprise et le modèle d’organisation de l’innovation, les différences sont notables. Par ailleurs, faute d’étudier les signes d’anticipation, il n’est pas rare que le consommateur rejette le produit ou le service « nouveau » comme étant une fausse innovation.
Prévoir la chaîne réactive est possible avec une analyse sémiologique. Cette dernière permet aussi de définir les territoires et les univers de communication propres à l’environnement de l’innovation. Tout territoire est ensemble de données et valeurs réelles et imaginaires.
L’étude et l’évaluation du signe sont ainsi très pertinentes dans un contexte innovant. Outre le comprendre, c’est l’appréhender dans sa conception et lui donner un sens dans tout son contexte environnemental. La fixation de la langue par le signe est ainsi capitale pour la projection et la réussite -sur les trois axes précités- de l’innovation.
Car, il ne faut pas oublier qu’une innovation a une double valeur : la valeur d’usage et la valeur d’image. Toutes les innovations sont itérativement liées par ces deux valeurs lorsque les entreprises investissent un marché. L’une ne va pas sans l’autre. En France, elles restent trop souvent cloisonnées…
Anticiper, c’est prévoir, devancer ce qui va arriver. D’ailleurs, et depuis quelques années, est apparue sur les plateaux innovation des entreprises la « sociologie de l’usage ». Ce n’est pas un hasard. Ici, anticipation et innovation font cause commune. D’un point de vue sémiologique, il est important de comprendre, en amont et pendant la conception, comment un consommateur peut s’approprier un produit ou un service innovant. Beaucoup trop d’entreprises cherchent à l’imposer lors de sa mise sur le marché, en sous-estimant l’étude du sens.
Le sens est alors la conséquence d’une étude très poussée portant aussi bien sur les critères : socioculturel, technologique et environnemental.
La sémiologie par son étude des systèmes permet ainsi une réflexion sur les conséquences de l’évolution sociétale, et de prévenir modes et phénomènes....
Ainsi, en matière de prospective, la sémiologie à veille être un garde-fou afin de pas « sombrer » dans la « futurologie ». La prospective ne « fabrique » pas les tendances, mais anticipe le devenir d’un système de signes : objet, structure, comportement, environnement, etc. La sémiologie permet un accompagnement sur ces acteurs qui « se mettent en perspective ».
Par exemple, il serait dommageable pour une entreprise de réfléchir sur un produit ou un service qui n'entrerait pas dans une logique sociale et économique. Toutes projections sur les futurs doivent apporter un résultat, même minime, sur le présent.
Un dirigeant cherche du concret.
Ainsi, la R&D devrait être un poste aussi important en termes de moyens et d’actions que la formation. Selon
les tailles des entreprises, les services de R&D devraient intégrer plus souvent des profils « sciences humaines » que jusqu’alors : anthropologue, ethnologue, sémiologues, sémioticiens, philosophes, poètes, sociologue, etc. L’entreprise a autant besoin de ces spécialistes de la science humaine que la place qu’elle réserve, depuis une dizaine d’année, aux designers, et aux concepteurs.
Innovation et anticipation doivent être porteurs de sens. Le sens, c’est concret.